Partager l'article ! Bac + 8: Je suis là, debout... J'ai deux valises devant moi... Elles ne sont pas si énormes mais quand même... Elles sont pleines. ...
Je suis là, debout...
J'ai deux valises devant moi...
Elles ne sont pas si énormes mais quand même...
Elles sont pleines...
Pleines de toutes les leçons auxquelles j'ai assisté pendant 8 ans.
Des fois au premier rang, des fois tout au fond à gauche.
Des leçons où le professeur me tapait sur les doigts pour que ça rentre.
Des choses que je ne voulais pas apprendre mais qu'il m'a forcée à intégrer.
Oeillères et bonnet d'âne. Colère et amertume. Rien n'y a fait.
Des choses que je voulais apprendre, mais qu'on m'a refusées.
Des leçons qui sonnaient comme des reproches, comme des punitions.
Punitions que j'ai passé mon temps à essayer d'expier, sans comprendre vraiment.
Des leçons que je finissais par penser justes, malgré mes doutes.
Des leçons qui modelaient une fille que je n'étais pas.
Des leçons auxquelles j'assistais désormais en courbant l'échine.
Des leçons où j'avais fini par craindre le professeur...
Parce qu'il savait pour deux, parce que ma pensée n'était pas solide.
Parce que lui savait, parce que le professeur c'était lui.
Parce que perdue dans la vie, j'avais eu besoin de ça.
Parce que sans les deux premiers professeurs de ma vie, je ne savais plus où
j'allais.
Parce que finalement malgré mes tentatives je les ai laissé
faire.
Parce que je les ai laissé décider de mes orientations.
Parce que je les ai laissé me juger, flouée par leur statut.
Je plaide coupable au grand jeu des manipulations sentimentales.
Je plaide victime pour cette étiquette de fille paumée appliquée au fer rouge.
La douleur s'estompe mais la cicatrice est là.
Mes forces déclinent de vouloir la supprimer.
Il est temps de vivre avec et d'ouvrir les valises.
A l'intérieur il y a du bon et du mauvais. Les deux comptent.
Le mauvais peut-être plus que le bon mais peut-être pas finalement...
Car le bon qui est à l'intérieur, il faut que l'emporte aussi. Je l'ai mérité.
Au milieu des leçons que j'ai suivies et des conclusions que je continue de tirer, il y a mon diplôme.
Je n'ai plus besoin de mon professeur.
J'ai encore tellement de choses à apprendre, par moi-même et grâce aux autres.
Je me dois désormais de renouer avec celle que je suis et que je n'ai jamais osé être vraiment.
Avec courage et humilité.
Les chemins détournés, les non-dits, les malentendus, les faux semblants ne menent nulle part.
Alors je repars à la conquête de ma vie sur ce petit sentier à peine visible mais
pourtant là,
Avec mes deux valises à la main.
Espérant y croiser non plus un professeur,
Mais un guide.